Ballade des sports

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1939-01-01 - 1939-01-01

Moi je critiquerais les sports ? A Dieu ne plaise !

Je vous admire tous, gaillards sans pantalons

Qui, caleçons au vent, vous ébattez à l'aise,

Remplissant les journaux d'articles plutôt longs.

Jeux Olympiques ! Oui ! L'on voit des Apollons

En lutte, comme au temps de Mars et de Bellone !

… Mais Sophocle, à ces jeux, obtenait ses galons

En présentant aussi son Œdipe à Colone.

— De quoi nous- parle-t-on ? Bien sûr d'une foutaise !

Nous, suant au soleil, bravant les aquilons,

Rugby, foot-ball ou cross, à nous la langue anglaise !

Car nous la pratiquons tout comme vos salons

(Sans en savoir un mot s'entend, hein, mes colons ?)

A Paname, en province et même à Barcelone !

— Bravo, messieurs, bravo ! Ruez dans vos ballons !

… Mais quand écrirez-vous un Œdipe à Colone ?

— « Mais c'est un tic ? De quoi ? La mort de Louis Seize ?

Nous ne parlons jamais que sport,… quand nous parlons.

D'ailleurs nous préférons nous taper sur la fraise.

Entendez-vous les coups tomber comme grêlons ?

La boxe veut des poings plus durs que des pilons.

Et puis, aussi, le fric est là qui nous talonne.

Du muscle et de l'argent, c'est çà que nous voulons !

— Mais Sophocle écrivait son Œdipe à Colone…

Jeux Olympiques ? Non ! Brisée est la colonne.

Laurier grec ! Pour coiffer ces vainqueurs bruns ou blonds,

Attends qu'ils soient montés de quelques échelons.

— Car Sophocle écrivait son Œdipe à Colone.