Ballade villon

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1939-01-01 - 1939-01-01

Or çà, maître François Villon,

On te connaît plus d'une tache !

N'ayant pas vaillant un oignon,

Le vol fut bel et bien ta tâche.

Tu n'étais après tout qu'apache,

Mais tes blanches neiges d'antan

Empêchent toujours qu'on se fâche.

Voleur ? Grand poète, pourtant !

Ta muse jamais n'a bâillon,

Même au cachot où l'on te cache.

Rimant ta mort sous le haillon,

Certes, tu ne fus pas un lâche !

Paillard, maquereau, voire vache,

Changeant en poème épatant

Jusqu'au pet que Margot te lâche,

Voleur ? Grand poète, pourtant !

Au déduit avec ta souillon,

Ou lorsque ta mère t'arrache

Ces vers pleins d'un pieux rayon,

Faut-il que ton âme ne sache

Voir le futur qui s'amourache

De toi, l'ivrogne hoquetant,

Et, tes vers, les mâche et remâche ?…

Voleur ? Grand poète, pourtant !

Va ! Bois, et baise, et vole, et gâche !

En avoir commis tant et tant !

Corde et prison — mais quel panache

— Voleur ? Grand poète, pourtant !