Balzac

By Théodore Banville

Written 1884-01-01 - 1884-01-01

O toi dont l'œuvre qu'on admire

Est comme un lac

Où notre humanité se mire,

Divin Balzac !

Oui, nous dresserons ta statue,

Roi des esprits,

Auguste et de splendeur vêtue,

Dans ton Paris.

Alors, ô sculpteur de colosses

Jamais ployé,

Contre qui tant de vils molosses

Ont aboyé ;

Géant, chevelu comme un arbre

Tendant ses bras,

Dans l'immortalité du marbre

Tu revivras !

Tu riras au ciel qui t'azure !

Et de la main

Tu désigneras la masure,

Le flot humain,

Et mille femmes, et le lustre

Des clairs palais,

Et tout ce qui vit, fils illustre

De Rabelais !

Et dans son sublime délire,

A nous, lassés,

Roi, ta bouche semblera dire :

Hommes, passez.

Passez, amours, colères, foule

Dont les sanglots

Se lamentent comme la houle

Parmi les flots !

Mais dans le sacré sanctuaire

Où l'esprit bout,

Moi l'Ouvrier, le Statuaire

Toujours debout ;

O foules pâles et meurtries,

Moi l'Inspiré

Qui de mes mains vous ai pétries,

Je resterai.