Bambine

By Tristan Corbière

Written 1873-01-01 - 1873-01-01

Tu dors sous les panais, capitaine Bambine

Du remorqueur havrais l' Aimable Proserpine,

Qui, vingt-huit ans, fit voir au Parisien béant,

Pour vingt sous : L' OCÉAN ! L'OCÉAN !! L'OCÉAN !!!

Train de plaisir au large. — On double la jetée —

En rade : a-z-un peu d'gomme… — Une mer démontée —

Et la cargaison râle : — Ah ! commandant ! assez !

Assez, pour notre argent, de tempête ! cessez ! —

Bambine ne dit mot. Un bon coup de mer passe

Sur les infortunés : — Ah — , capitaine ! grâce !…

— C'est bon … si ces messieurs et dam's ont leur content ?…

C'est pas pour mon plaisir, moi, v's êtes mon chargement :

Pare à virer… —

Malheur ! le coquin de navire

Donne en grand sur un banc… — Stoppe ! — Fini de rire…

Et talonne à tout rompre, et roule bord sur bord

Balayé par la lame : — A la fin, c'est trop fort !… —

Et la cargaison rend des cris … rend tout ! rend l'âme

Bambine fait les cent pas.

Un ange, une femme

Le prend : — C'est ennuyeux ça, conducteur ! cessez !

Faîtes-moi mettre à terre, à la fin ! c'est assez ! —

Bambine l'élongeant d'un long regard austère :

— A terre ! q'vous avez dit ?… vous avez dit : à terre…

A terre ! pas dégoûtai !… Moi-z'aussi, foi d'mat'lot,

J'voudrais ben !… attendu q'si t'-ta-l'heure l'prim' flot

Ne soulag' pas la coque : vous et moi, mes princesses

J'bêrons ben, sauf respect, la lavure éd'nos fesses ! —

Il reprit ses cent pas, tout à fait mal bordé :

— A terre !… j'crâis f…outre ben ! Les femm's !… pas dégoûté !