Beau jour

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1901-01-01 - 1901-01-01

Cet automne est si doux qu'on porte de la toile

Encor. Dans mes cheveux j'ai mis comme une étoile

Un chrysanthème, l'un des tout premiers éclos ;

Puis je me suis penchée au petit mur du clos

En face des beaux prés que baise la mer bleue,

Les temples dans les poings, avec ma robe à queue

Enroulée à mes pieds, à voir, à pas très lents

Paître, sans relever leurs gros yeux indolents,

Les vaches aux deux pis gonflés comme des outres,

Les taureaux s'agacer les cornes dans les poutres

Et, redoutant la hâte automnale des soirs,

Sans bruit, rentrer au port parmi le roux des branches,

Le papillonnement sans fin des voiles blanches.

Et, seule, j'ai vécu dans la simplicité

Des choses, oubliant notre modernité

Complexe, détraquée, étrange, psychologue,

Une heure de soleil calme comme une églogue.