Beau Page de la Reine

By Gabriel Vicaire

Written 1890-01-01 - 1890-01-01

Qu’avez-vous, dites-moi,

Beau page de la reine ?

Qu’avez-vous, dites-moi,

Gentil menin du roi ?

Madame a les yeux doux

Et vous portez sa traîne,

Madame a les yeux doux :

Pourquoi donc pleurez-vous ?

— Hélas ! je ne suis rien

Qu’un enfant qui soupire ;

Hélas ! je ne suis rien,

L’amour est tout mon bien.

Si je n’aimais pas tant,

Comme il ferait bon rire !

Si je n’aimais pas tant,

J’aurais le cœur content.

— Madame a dans les yeux

Le bleu de la pervenche,

Madame a dans les yeux

Quelque chose des deux.

Madame entre ses doigts

Tient une rose blanche,

Madame entre ses doigts

Tient la rose des bois,

Et ses cheveux dorés

Comme la fraîche aurore,

Et ses cheveux dorés

Ont la senteur des prés.

— Ah ! plutôt des lilas,

J’en pleurerais encore,

Ah ! plutôt des lilas,

Mais ne m’en parlez pas.

— Bah ! souriez un peu,

Beau page de la reine ;

Bah ! souriez un peu,

Beau page rose et bleu.

— Non, j’ai trop écouté

Le chant de la sirène ;

Non, j’ai trop écouté

Le rossignol d’été.

Entre les deux sentiers

Qui vont à la rivière,

Entre les deux sentiers

Recouverts d’églantiers,

Du côté du Levant,

Dans une chènevière,

Du côté du Levant,

Est un petit couvent.

C’est l’a que bien caché

Au fond d’une cellule,

C’est là que bien caché,

J’expierai mon péché.

Mais lorsque tendrement

Viendra le crépuscule,

Mais lorsque tendrement

Luira le firmament,

Du haut de la grand’tour

Qui regarde la plaine,

Du haut de la grand’tour,

J’épierai ton retour,

Ô mon royal trésor,

Ma blonde châtelaine,

Ô mon royal trésor,

Ma reine aux cheveux d’or.