Bénoni

By Pétrus Borel

Written 1832-01-01 - 1832-01-01

Il dort, mon Bénoni, bien moins souffrant sans doute,

C’est le premier sommeil qu’aussi longtemps il goûte ;

Il dort depuis hier que, le regard terni,

Dans sa débile main il a serré la mienne,

Disant : Vous m’aimez tous ! maintenant qu’elle vienne !

Il dort, mon Bénoni !

Il dort, mon Bénoni ! viens le voir, il repose ;

Marche bien doucement, car le bruit l’indispose.

Viens le voir au salon d’où chacun s’est banni ;

Parlons bas, parlons bas, s’il allait nous entendre,

S’éveiller pour souffrir, son sommeil est si tendre !

Il dort, mon Bénoni !

Il dort, mon Bénoni ! de ta main inquiète

Relève ces rideaux ; oh ! regarde sa tête,

Vois ses grands yeux fermés, son front moins rembruni,

Le calme de ses traits ; tiens, le vois-tu sourire ?

Un doux rêve l’occupe, écoutons : il soupire

Il dort, mon Bénoni !

Il dort, mon Bénoni ! quoi ! méchant, tu l’appelles ?

Laisse-le dans sa paix ; tu trembles, tu chancelles,

Tu l’embrasses, tu prends son bras qui m’a béni !

Ne le réveille pas D’où naissent tes alarmes ?

Je vais pleurer aussi, si tu verses des larmes ?

Il dort, mon Bénoni !

— Il dort, ton Bénoni ! Douce erreur que j’envie !

Pauvre enfant ! ignorant le secret de la vie,

Son jour mélancolique avant l’heure a fini ;

Son Âme avait brisé son corps par la pensée,

Et sans être comprise aux cieux clic est passée !

Il dort, ton Bénoni !