Berceuse d'eau

By Robert Montesquiou

Written 1896-01-01 - 1896-01-01

Dans le nid que les Ondins

Ont fait de branches textiles,

Dormez, dormez, les blondins,

Les deux gentils volatiles.

L'orme s'y mêle au bouleau,

Le tremble s'unit à l'orme ;

Et le murmure de l'eau

Exige que l'on s'endorme.

Quand les Ondins berceront

Les blondins, feuilles, feuillages,

En tombant feront un rond

Sur l'onde, puis des sillages.

A son tour, sur l'abreuvoir,

L'aragne aussi fait des cycles :

Et le hibou, pour la voir,

Rajuste ses deux bésicles.

A travers le pavillon

Que, sur leurs fronts et leurs poses,

L'ombre tisse, un papillon

Prend leurs lèvres pour des roses.

Puis les Ondins chasseront,

O blondins, de votre bouche

Le vol bruyant du ciron,

Avec une aile de mouche.

O mères des deux blondins

Vous pouvez dormir tranquilles.

En confiant aux Ondins

Vos deux gentils volatiles.

Car, voici que sous les voix

De la chanson mensongère

Que le zéphyre parfois

Au roseau menteur suggère,

Les mères se sont aussi

Lentement ensommeillées :

Et lorsque, le cœur transi,

Elles se sont réveillées,

Hors du nid que les Ondins,

Ont fait de branches textiles,

Avaient fui les doux blondins

Les deux gentils volatiles.

O mères des doux blondins,

Craignez les chansons subtiles

Que chantent, pour les Ondins,

Les roseaux fluviatiles.