Berceuse grise

By Robert Montesquiou

Written 1896-01-01 - 1896-01-01

Ils disent qu'il est mort ; mais ce sont de méchantes

Âmes :

Dieu n'éteint pas ainsi de nos flambeaux les flammes

Lentes ;

L'enfant est assez ange encor pour qu'il se sente

L'aile ;

Mais il ne va pas loin de sa mère, pour qu'elle

Chante.

Ils disent qu'il est mort, parce qu'il n'est plus rose ;

Mais,

Je ne croirai jamais que l'enfant que j'aimais

Ose

Déserter son berceau, si plein de douces choses,

Dais,

Nid, où sans fin pour lui mes mains effeuillent des

Roses !

Ils disent qu'il est mort ; mais ce n'est que mensonge ;

Rêve,

O mon enfant chéri, prolonge cette trêve.

Songe :

Le sommeil, cette bulle où notre âme se mire,

Crève ;

Enfant, embaume-toi d'oubli, cette trop brève

Myrrhe !

Ils me disent qu'on n'est ainsi, que dans la mort,

Pâle :

Parfois le feu tremblant qui flambe dans l'opale,

Dort ;

L'enfant au ciel, un peu, loin de la vie amère,

Fuit ;

Mais, bien vite, il retourne où ton œil plus bleu luit,

Mère !

Ils disent qu'il est mort, mais ce sont de méchantes

Âmes :

Dieu n'éteint pas ainsi de nos flambeaux leurs flammes

Lentes ;

L'enfant est assez ange encor pour qu'il se sente

L'aile ;

Mais il ne va pas loin de sa mère, puisqu'elle

Chante !