Bête sournoise

By Renée Vivien

Written 1910-01-01 - 1910-01-01

Mon mal insinuant est la bête qui ronge,

Qui ronge et se repaît insatiablement ;

Et mon mal se blottit pour guetter le moment

Où se croit délivré l’essor triste du songe.

Je crois tout oublier de l’ancienne rancœur…

Dans la splendeur du soir mon âme se pavoise

De l’or des étendards… Mais la bête sournoise

M’enfonce lentement ses griffes dans le cœur.

Jamais ne s’adoucit un peu, ni ne s’arrête

La volonté du mal dans ses regards ardents…

Mon cœur garde toujours l’empreinte de tes dents,

Ô chagrin d’autrefois, vile et puante bête !