Billet à charles nodier

By Victor Hugo

Written 1902-01-01 - 1902-01-01

Je l'ai lu, ton beau poëme.

Tes sept châteaux de Bohême,

C'est un legs rare et suprême

Que tu tiens, en fils pieux,

D'Yorick qui l'eut de son père

Rabelais, bâtard d'Homère,

Lequel était fils des Dieux.

C'est là, Nodier ; ta famille.

Moi, j'édifie en Castille

Une bien frêle bastille

Que bientôt fera plier

Le peuple au front de bélier.

Mais qu'Hernani tienne ou croule !

Qu'importe à tes sept donjons

Qu'en vain viendront battre en foule

Maintes ailes de pigeons !

Ils vivront. Leur garde est forte,

Ta gloire veille à leur porte.

Quoi donc ! il me vient de toi,

Ce livre charmant que j'aime !

Quoi ! sept châteaux de Bohême !

Don de poète ou de roi !

En échange t'offrirai-je

Ma tour qu'un parterre assiège ?

Hélas ; pour tes sept châteaux

Qui du front de leurs coteaux

Dominent sur la campagne,

Moi, dont Jodelle est l'aïeul,

Je ne t'en promets qu'un seul.

Encore est-il en Espagne !