Billet doux

By Henri Beauclair

Written 1884-01-01 - 1884-01-01

Blondine, j’ai perdu mon cœur,

En vous reconduisant, Dimanche.

Connaissez-vous pas l’escroqueur ?

Blondine, j’ai perdu mon cœur.

Je vous vois d’ici, l’air moqueur,

Me dire : Il n’est pas dans ma manche.

Blondine, j’ai perdu mon cœur,

En vous reconduisant, Dimanche.

Serait-il pas entré chez vous ?

Très fortement je l’en soupçonne.

Il a parfois des pensers fous ;

Serait-il pas entré chez vous ?

Ne vous mettez pas en courroux

Je n’accuse encore personne.

Serait-il pas entré chez vous ?

Très fortement je l’en soupçonne.

Il est comme les papillons

Qui vont toujours vers les lumières,

Quitte à brûler tous leurs paillons.

Il est comme les papillons ;

Or, il a dû voir les rayons

Qui s’échappent de vos paupières.

Il est comme les papillons

Qui vont toujours vers les lumières.

A-t-il eu tort ou bien raison

De risquer un tel coup d’audace ?

Dites le moi, Lise, Lison,

A-t-il eu tort ou bien raison.

Gardez le dans votre maison,

Baste ! il tiendra si peu de place.

A-t-il eu tort ou bien raison

De risquer un tel coup d’audace ?