Blanche

By Alexandre Ducros

Written 1896-01-01 - 1896-01-01

Du jardin odorant la pénétrante haleine

Embaumait l'air du soir, et le chant des oiseaux

Qui regagnaient leur nid se taisait dans la plaine,

Et les zéphirs couraient à travers les roseaux.

Le soleil avait fui derrière la colline,

Le ruisseau caressait les berges du sentier.

C'était l'heure où l'étoile au ciel bleu s'illumine,

Où le recueillement couvre le monde entier.

L'était l'heure d'amour pour le rêve choisie ;

Le moment solennel qu'on ne peut définir,

Où tout n'est que rayons, extase, poésie,

Où le cœur veut aimer, où l'âme veut bénir !

Nous marchions… et nos voix étaient pourtant muettes

Nous tenant par la main nous allions devant nous,

Écoutant la nature en ses hymnes secrètes,

Concert mystérieux, insaisissable et doux !

Et mon cœur inondé d'une ivresse suprême

Tressaillit tout à coup, à moitié du chemin,

Un cri s'en échappa : — « Blanche ! Blanche ! je t'aime ! »

Et je sentis ta main qui tremblait dans ma main.

O douces voluptés ! ineffables ivresses !

A cet aveu brûlant un autre répondit !

Et le bruit d'un baiser qui scellait nos promesses

Éveilla le bosquet… Mais nul ne l'entendit !

Et moi, de cet aveu j'ai fait toute ma vie ;

J'ai pris dans ton baiser ma force et mon espoir,

Et j'ai senti descendre en moi la poésie

Qui chantait par ta voix dans les splendeurs du soir !