Bouquet a une dame de soixante-dix ans

By Pierre-Jean Béranger

Written 1815-01-01 - 1815-01-01

Laissons la musique nouvelle ;

Notre amie est du bon vieux temps.

Sur un air aussi simple qu'elle

Chantons des couplets bien chantants.

L'esprit du jour a son mérite,

Mais c'est surtout lui que je crains :

Ses traits si fins

Me semblent vains,

Pour les entendre il faudrait des devins.

Amis, chantons à Marguerite

De vieux airs et de gais refrains.

Elle a chanté dans sa jeunesse

Ces couplets comme on n'en fait plus,

Où Favart peignait la tendresse,

Où Panard frondait les abus.

Contre l'humeur qui nous irrite,

Quels antidotes souverains !

Leurs vers badins,

Francs et malins,

Aux moins joyeux faisaient battre des mains.

Ah ! Rappelons à Marguerite

Leurs vieux airs et leurs gais refrains.

C'est un charme que la mémoire :

On se répète jeune ou vieux.

Les refrains forment notre histoire ;

Il faut tâcher qu'ils soient joyeux.

Amusons le temps qui trop vite

Entraîne les pauvres humains ;

Et les destins

Sur nos festins

Faisant briller des jours longs et sereins,

Que dans trente ans pour Marguerite

Nos couplets soient de gais refrains !

À table alors venant nous rendre,

Tous, le front ridé par les ans,

Dans une accolade bien tendre

Nous mêlerons nos cheveux blancs.

Les souvenirs naîtront bien vite ;

Nos cœurs émus en seront pleins.

Moments divins !

Les noirs chagrins

Fuyant au bruit des transports les plus saints,

Sur les cent ans de Marguerite

Nous chanterons de gais refrains !