Bouquet de violettes

By Jean Baptiste Caouette

Written 1892-01-01 - 1892-01-01

Nos aïeux, sur ce sol, avec leur fière épée

Ont écrit ce grand mot : civilisation !

Nous, avec la charrue, achevons l'épopée

Par ce terme viril : colonisation !

La presse, c'est le phare illuminant le monde,

Le phare qui répand sa lumière féconde

Dans les nombreux esprits où l'erreur existait.

Mais la mauvaise presse attaque la morale

Sape l'autorité, provoque le scandale

Et renverserait tout, si Dieu ne l'arrêtait !

De la richesse naît quelquefois l'avarice,

Et le cœur de l'avare est toujours malheureux ;

Mais de la pauvreté jamais ne vient ce vice

Voilà pourquoi le pauvre est si souvent joyeux.

Une orpheline, un jour, demandait à sa mère

Pourquoi, soir et matin, elle priait Jésus ?

C'est que, répondit-elle, en lui je vois un père

Qui remplace celui que tu n'embrasse plus !

Par un froid de décembre, une tremblante mère

Chez un riche orgueilleux alla tendre la main ;

Le riche en blasphémant repoussa sa prière,

Mais l'ange de la mort le foudroya soudain.

Tout bienfaiteur a droit à la reconnaissance ;

L'être suprême à qui nous devons l'existence

A les prémices de ce droit.

C'est un devoir auquel chaque bienfait nous lie,

Et l'ingrat est un monstre indigne de la vie,

Un être à l'esprit trop étroit !

Ma politique à moi, voulez-vous la connaître ?

‒ Non, dites-vous ? ‒ Alors, ce sera plus tôt fait !

D'ailleurs, je vous dirais qu'elle est encore à naître :

Quoi ! cela vous étonne ? et pourtant c'est un fait.

O frères, qui vivez loin de notre patrie

Et qui gardez encore avec idolâtrie

Les coutumes, les mœurs et la foi des aïeux,

Soyez bénis ! Nos cœurs caressent l'espérance

Qu'un jour vous reviendrez dans la Nouvelle-France

Partager nos travaux et leurs fruits glorieux !

Bébé fait le malin depuis une heure entière,

Et la faible maman ne peut le maîtriser.

Soudain le père arrive et se met en colère,

Mais bébé l'adoucit avec un seul baiser…

Il est des parvenus qui croient, dans leur folie,

Que la toilette et l'or éclipsent le génie,

Et que tous leurs désirs doivent être exaucés.

Erreur ! car ici-bas le génie est le maître,

Et quand ces pauvres sots s'efforcent de paraître,

Ils sont pris en pitié par les hommes sensés !

Autrefois, j'ai connu, tout près de cette ville,

Un gamin de neuf ans qui blasphémait déjà.

« Enfant, lui dis-je un jour, cette habitude est vile.

« Monsieur, répondit-il, je fais comme papa ! »

Le mot patrie est doux à l'oreille de l'homme ;

L'enfant, sans le comprendre, avec amour le nomme ;

L'adulte en l'entendant sent palpiter son cœur.

A ce mot nous volons sur le champ de bataille,

Et pour lui nous bravons le fer de la mitraille ;

Ce mot veut dire enfin : pays, famille, honneur !