Bourgeois parlant de jésus-christ

By Victor Hugo

Written 1893-01-01 - 1893-01-01

— Sa morale a du bon. — Il est mort à trente ans.

— Il changeait en vin l'eau. — Ça s'est dit dans son temps.

— Il était de Judée. — Il avait douze apôtres.

— Gens grossiers. — Gens de rien. — Jaloux les uns des autres.

— Il leur lavait les pieds. — C'est curieux, le puits

De la Samaritaine, et puis le diable, et puis

L'histoire de l'aveugle et du paralytique.

— J'en doute. — Il n'aimait pas les gens tenant boutique.

— A-t-il vraiment tiré Lazare du tombeau ?

— C'était un sage. — Un fou. — Son système est fort beau.

— Vrai dans la théorie et faux dans la pratique.

— Son procès est réel. Judas est authentique.

— L'honnête homme au gibet et le voleur absous !

— On voit bien clairement les prêtres là-dessous.

— Tout change. Maintenant il a pour lui les prêtres.

— Un menuisier pour père, et des rois pour ancêtres,

C'est singulier. — Non pas. Une branche descend,

Puis remonte, mais c'est toujours le même sang ;

Cela n'est pas très rare en généalogie.

— Il savait qu'on voulait l'accuser de magie

Et que de son supplice on faisait les apprêts.

— Sa Madeleine était une fille. — À peu près.

— Ça ne l'empêche pas d'être sainte. — Au contraire.

— Était-il Dieu ? — Non. — Oui. — Peut-être. — On n'y croit guère.

— Tout ce qu'on dit de lui prouve un homme très doux.

— Il était beau. — Fort beau, l'air juif, pâle. — Un peu roux.

— Le certain, c'est qu'il a fait du bien sur la terre ;

Un grand bien ; il était bon, fraternel, austère ;

Il a montré que tout, excepté l'âme, est vain ;

Sans doute il n'est pas dieu, mais certe il est divin.

Il fit l'homme nouveau meilleur que l'homme antique.

— Quel malheur qu'il se soit mêlé de politique !