Bourgogne d’australie !

By Raoul Ponchon

Written 1920-01-01 - 1920-01-01

Vous êtes par trop rigolos,

Australiens immenses !

Mettez bien dans vos ciboulots

Où règnent les démences,

Qu’il n’est d’autre vin bourguignon

— Croyez-en un ivrogne —

Que celui que nous bourgognons

Aux coteaux de Bourgogne.

Et la Bourgogne, elle est ici,

Et non en Australie.

Mêmement la Gascogne ; aussi

La Champagne jolie.

Il faut avoir un fier toupet,

Pour mettre une étiquette

Semblable, à votre vin suspect,

Véritable piquette !

Il n’est, chez nous, maigre pinard,

Qui ne soit cent fois brave

Comme le vin le plus gaillard

De vos meilleures caves.

Appelez-moi de quelque nom

Que vous voudrez… Pancrace,

Népomucène… Agamemnon…

Mais, mes enfants, de grâce,

N’appelez pas vin Bourguignon

Le vin de votre flore.

Enfin, pour votre instruction,

Que vous dirai-je encore ?…

Vous planteriez, ô Melbournois !

Sur vos coteaux barbares,

Les plus fins de nos ceps gaulois,

Nos « pineaux » les plus rares,

En vain ! Car, à ces gaillards-là,

À ces vrais gentilshommes,

Il faut ce terroir de gala,

Dont, Dieu merci ! nous sommes.

Ils ont besoin de ce soleil

Qui couve notre France

Et n’a nulle part son pareil,

Parlant par révérence !

En revanche, plantez ici,

De votre vigne piètre

Le rejeton le plus transi,

Vous le verrez renaître :

Notre sol, au bout d’un moment,

Lui sera salutaire,

Comme aussi notre ciel clément :

Voilà tout le mystère.

De même qu’un lourd Allemand

Peut devenir tout autre,

S’il quitte opiniâtrément

Sa « kultur » pour la nôtre. —

Mais, j’entends un Australien,

Dans l’aimable assistance,

Qui me dit : « Parbleu ! citoyen,

J’admire ta jactance !

Et pour parler si posément

De ce vin d’Australie,

En as-tu goûté seulement ?… »

Las ! oui, jusqu’à la lie !

Même, si je m’en souviens bien,

C’est en dix-neuf cent, voire

Au pavillon Australien

Qu’il m’arriva d’en boire.

À cette époque-là, du moins,

Vous aviez la vergogne

De ne le point, devant témoins,

Dénominer Bourgogne.

Non. Vous l’appeliez « Tintara »

Mais, j’en jure la Bible,

J’aurais préféré Choléra,

C’eût été plus plausible.

Car, huit jours après avoir bu

De ce soi-disant… Beaune,

Je sentais encore, vois-tu,

Dans mon ventre un… cyclone !