Cæsar

By Victor Hugo

Written 1898-01-01 - 1898-01-01

Il fait le mal il boit des pleurs ; il boit du sang ;

Partout la mort, l'exil, des veuves gémissant,

Des orphelins, des foyers vides ;

C'est ainsi qu'entassant deuils, forfaits, désespoirs,

Les tyrans font téter à nos vers, dogues noirs,

La mamelle des Euménides :

Tous ces prétoriens qui l'ont fait empereur

L'entourent ; Rome est calme et parle avec terreur ;

On ne laisse approcher personne ;

Ils gardent son palais et veillent à l'entour,

Mille à chaque barrière et cent sur chaque tour ;

Le monde tremble, et lui frissonne.

Il évoque, effaré, livide, anéanti,

Tous ses prédécesseurs, que les clypeati

Couvraient de leurs mâles poitrines ;

Et l'histoire, témoin qu'on trouve toujours là,

Fait sortir de l'égout le dieu Caracalla

Et le dieu Néron des latrines.

Il erre en son palais. Ici tout le défend ;

Ici le prêtre adore Auguste triomphant,

Ici les fronts sont dans la poudre,

Ici là terre apporte un respect assidu ;

Au-dessus de sa tête il entend, éperdu,

L'éclat de rire de la foudre.