Calme

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1905-01-01 - 1905-01-01

Tu regardes changer la couleur des heures

Entre les branches d'or du jardin automnal…

— Tes rêves t'auront fait tant de bien et de mal !

Mais aujourd'hui plus rien n'en demeure.

Tes bras sont retombés qui s'ouvraient vers la mer,

Vers la possession d'extases inouïes,

Vers une gloire éclatant en trompettes claires,

Vers l'espace où brûlait l'esprit d'Adonaï !

Te voici vivre dans la docilité

D'une plante poussée au soleil avec joie

Et qui se berce un peu et ploie

Sous le vent d'automne ou d'été,

Et cela suffit sans doute

D'être une femme tendre au bras de son ami,

Qui marche dans la vie en rêvant à demi

Sans plus sentir ses pieds se meurtrir sur les routes…

— Mais peut-être qu'il vit encore, ton désir

D'aller vers les couchants où saigne l'Au delà ?

Car l'âme qui palpite en toi, folle ou paisible,

Tu ne la connais pas ! Tu ne la connais pas !