Camille
Written 1896-01-01 - 1896-01-01
Comme une aube calme, sereine,
Tes jours se levaient radieux,
Et la muse d'or souveraine
T'ouvrait le temple de ses Dieux.
A peine à sa première stance,
Ta jeune et paisible existence
Était un chant de Floréal !
Et tes heures, hélas, trop brèves,
S'écoulaient pures, dans les rêves
Du Beau, du divin Idéal !
Tout n'était que promesse et joie ;
L'espoir fleurissait dans ton cœur,
Nul caillou n'encombrait la voie,
Où se posait ton pied vainqueur.
A l'horizon que rien ne voile,
Ton regard contemplait l'étoile
Dont l'avenir s'illuminait.
Des rayons de l'astre splendide
Qui devait te servir de guide,
Ton jeune front se couronnait !
Mais tout à coup un vent d'orage,
Présageant les sombres douleurs,
Sur l'étoile jette un nuage,
Qui te dérobe ses lueurs !
Et le sourire de tes lèvres
S'efface sous les pâles fièvres ;
Ton front se penche, et de ta main,
La lyre, ô Camille, s'échappe,
Et voilà que la mort te frappe,
A peine au début du chemin !
Jeunesse, espoir, rêves superbes,
Rêves d'une âme de vingt ans,
Se sont flétris comme les herbes,
Au souffle mortel des antans !
La maison s'emplit de ténèbres
Et l'on entend des chants funèbres
Sur l'orgue, hier mélodieux ;
Et la maison est désolée,
Et ton départ, chère envolée,
A mis des pleurs dans tous les yeux !
Tu t'en vas avec tes croyances,
Sans avoir connu d'ici-bas
Le doute, — ni les défaillances,
De la vie et de ses combats !
Tu pars, souriante et bénie,
Planer dans la sphère infinie
D'éternelle sérénité !
Et Dieu vient parer l'ossuaire
Avec la neige, blanc suaire
Qu'il étend sur ta chasteté !