Canzona
Written 1925-01-01 - 1925-01-01
Je suis venue, au bord de l'eau, bercer ma peine,
et les foins verts,
Les champs d'or blond, les grands tilleuls, de leur haleine
enbaument l'air.
J'ai fait tomber, au fond de l'eau, et sur le sable
mes pleurs amers…
L'eau coule plus, coule à pleins bords, intarissable,
d'avoir souffert.
Au fond de l'eau, j'ai vu tes yeux, des yeux de haine,
tout grands ouverts.
J'ai vu tes yeux, ils m'ont fait peur… tes yeux m'entraînent…
tes yeux si clairs…
Ah ! pourquoi, bien-aimé, m'as-tu fait la promesse
De venir aujourd'hui ? et puis tu me délaisses…
Tu n'es pas là… tu n'es pas là… je t'ai cherché…
Sur la place où l'on danse, à travers le marché,
Au jeu de boule, au tir… Non, non, la fête est vide…
Pourtant tu m'avais dit : « Pour la Saint-Jean d'été
Je viendrai. Soyez-là… » Et moi, j'ai tout quitté…
L'as-tu dit par hasard ? et mon cœur trop candide
S'est-il pris à des mots, qui n'importaient qu'à lui ?…
Je ne sais pas… Je t'aime tant, que les paroles
N'ont plus leur sens, quand c'est toi qui les dis… et folle
Je les retiens… Mais toi, t'en souviens-tu, le jour enfui ?
Au fond de l'eau, j'ai vu mon cœur, vivant à peine…
tout recouvert
De ton dédain, de ton oubli… mais l'eau l'entraîne,
mon cœur se perd.
Pour le ravoir, au fond de l'eau, je le demande,
ce cœur de chair…
L'eau me répond : « Tu ne l'auras, où qu'il descende…
tu l'as offert… »
Je suis venue, au bord de l'eau, bercer ma peine,
et les foins verts,
Les champs d'or blond, les grands tilleuls, de leur haleine
embaument l'air…