Caprice

By Paul Verlaine

Written 1889-01-01 - 1889-01-01

O poète, faux pauvre et faux riche, homme vrai,

Jusqu’en l’extérieur riche et pauvre pas vrai

(Dès l’or, comment veux-tu qu’on soit sûr de ton cœur ?)

Tour à tour souple, drôle et monsieur somptueux,

Du vert clair plein d’ « espère » au noir componctueux,

Ton habit a toujours quelque détail blagueur.

Un bouton manque. Un fil dépasse. D’où venue

Cette tache – ah çà, malvenue ou bienvenue ? –

Qui rit et pleure sur le cheviot et la toile ?

Nœud noué bien et mal, soulier luisant et terne.

Bref, un type à se pendre à la Vieille-Lanterne

Comme à marcher, gai proverbe, à la belle étoile.

Gueux, mais pas comme ça, l’homme vrai, le seul vrai,

Poète, va, si ton langage n’est pas vrai.

Toi l’es, et ton langage, alors ! Tant pis pour ceux

Qui n’auront pas aimé, fous comme autant de tois,

La lune pour chauffer les sans femmes ni toits,

La mort, ah ! pour bercer les cœurs malechanceux,

Pauvres cœurs mal tombés, trop bons et très fiers certes !

Car l’ironie éclate aux lèvres belles, certes,

De vos blessures, cœurs plus blessés qu’une cible,

Petits sacrés-cœurs de Jésus plus lamentables !

Va, poète, le seul des hommes véritables,

Meurs sauvé, meurs de faim pourtant le moins possible.