Caserne et forêt

By Eugène Pottier

Written 1887-01-01 - 1887-01-01

J'espérais à Fontainebleau

Savourer les bois solitaires,

Mais par malheur ce lieu si beau

Grouille de militaires.

Parmi la feuille et le granit,

Dès l'aube en soldat malhonnête

Réveille l'oiseau dans son nid,

Au son de la trompette.

Le silence étend son velours

Dans le creux d'un vallon sauvage ;

Mais sur les rochers, des tambours

Font leur apprentissage.

Refaisant le monde et chantant

L'avenir large et l'espérance,

On s'éveille en sursaut, heurtant

Un pantalon garance.

Puant fort le vin et l'amour,

Des femmes à soldats font tache

Sur des prés où jusqu'à ce jour

J'ai vu paître la vache.

Ne pourrions-nous pas — en secret —

Sans nuire au pouvoir qui gouverne,

Une nuit porter la forêt

Bien loin de la caserne ?…