Ce que c'est que de sortir

By Victor Hugo

Written 1893-01-01 - 1893-01-01

Il fait beau, l'air est pur ; le ciel est d'un bleu tendre ;

À bas l'hiver. Géronte, adieu ; bonjour, Clitandre,

Je ne me le fais pas dire deux fois, l'été

Nous appelle, et l'idylle est mise en liberté ;

Ah ! je profiterai, certes, de l'ouverture

Des portes, puisque avril nous livre la nature,

Et puisque le printemps nous invite à venir

Entendre les chevaux de l'aurore hennir.

Mon programme est ceci : là-haut des voix divines ;

Les fleurs prendront des airs penchés dans les ravines ;

Lalagé se mettra des roses sur le front,

Et rira ; les rayons des deux sexes pourront

Se mêler ; le gazon sera sans pruderie ;

Les bois murmureront : Ici l'on se marie ;

Et l'arbre aura tant d'ombre et les cœurs tant de feu

Qu'on ne trouvera pas un seul défaut à Dieu ;

Pan nous laissera voir sa grande âme attendrie ;

La nature sera pleine de rêverie ;

Rien ne se gênera pour vivre et pour aimer ;

Par des, chuchotements on s'entendra nommer,

Et l'on croira qu'au fond les oiseaux nous connaissent ;

Les cieux, les eaux ; les prés où les églogues naissent,

Seront presque aussi beaux qu'un décor d'opéra

Les papillons feront tout ce qui leur plaira ;

Les nids échangeront tout bas et sous les branches

De libres questions et des réponses franches,

Et je respirerai l'odeur-des liserons,

Et l'ombre sera tiède, et nous mépriserons

Ensemble au fond des bois, ô nymphes de Sicile,

Barbey d'Aurevilly ; l'effroyable imbécile.