Chambre d'amour

By Pierre Quillard

Written 1897-01-01 - 1897-01-01

La nuit tiède est clémente à la ville qui dort ;

Des lys impérieux triomphent dans la chambre

Et cependant nos cœurs sont froids comme Décembre

Et nos baisers d'amours amers comme la mort.

Ta douce bouche s'ouvre à des chansons mièvres

Et tes seins bienveillants accueillent mon front las ;

Mais, ô ma douloureuse enfant, je ne sais pas

Pourquoi les dieux mauvais empoisonnent nos lèvres.

Qu'importe ? viens vers moi, triste sœur ; aimons-nous,

Sans craindre la saveur glorieuse des larmes,

Tels des héros blessés avec leurs propres armes

Et dont le glaive d'or a rompu les genoux.

Viens ! nous aurons l'orgueil des âmes taciturnes

En cette chambre morne et veuve de flambeaux,

Où, semblable à l'odeur des antiques tombeaux,

Un parfum sépulcral monte des lys nocturnes.