Chanson chinoise

By Alfred Busquet

Written 1884-01-01 - 1884-01-01

J’ai vu, ce soir, de ma terrasse,

Son front si clair briller dans l’eau ;

Pour le baiser, j’étais trop haut, —

Pour le fuir — j’avais trop d’audace !

Verse, Bouddha, verse l’oubli

Au petit cousin de Fô-Li.

Il flottait, coupé par la lame.

Comme un gracieux nénuphar ;

Ce front fuyant sera ma dame.

Je le jure par mon kandjar !

Verse, Bouddha, verse l’oubli

Au petit cousin de Fô-Li.

Sous les roses fleurs du pêcher,

J’ai noyé le beau front rebelle,

Mais il reparaît de plus belle…

Le flot ne veut pas le cacher !

Verse, Bouddha, verse l’oubli

Au petit cousin de Fô-Li.

Ah ! pour suivre et baiser sa trace

Si j’étais l’ombre du sureau !

Je m’en irais au fil de l’eau …

Maudit soit cet amour fugace !

Verse, Bouddha, verse l’oubli

Au petit cousin de Fô-Li.

A l’heure où la lune se lève.

Je veux revenir chaque soir

Sur la terrasse, afin de voir

Radieux, se lever mon rêve !

Verse, Bouddha, verse l’oubli

Au petit cousin de Fô-Li.

Et pour arrêter le contour

Du jeune et gracieux visage

Qui devant mes yeux flotte et nage,

Libellule de mon amour !

Verse, Bouddha, verse l’oubli

Au petit cousin de Fô-Li.