Chant de victoire
Written 1887-01-01 - 1926-01-01
Victoire aux ailes d'or ! Victoire !
Nouveau soleil prodigieux
En qui mon esprit voulait croire
Avant qu'il éblouît mes yeux,
Te voilà donc, ô Magnifique !
Vivante, vraie et véridique,
Telle qu'en un temps héroïque
Tu te montrais à nos aïeux !
Victoire ! tu n'es pas Bellone ;
Tu n'as point d'armes dans tes mains,
Mais de verts lauriers en couronne,
Gage des heureux lendemains ;
Des profondeurs du ciel venue,
Immortelle, tu fends la nue
Le front libre et la gorge nue,
Joie ineffable des humains !
Ta tunique en ses plis mouvante,
Victoire ! ne recèle pas
Une autre moisson d'épouvante,
D'autres périls, d'autres combats ;
Car sur la terre où tu te poses
D'éternelles fleurs sont écloses ;
Et le sang de toutes les roses
Seul a ruisselé sous tes pas.
Ah ! puisse l'homme te comprendre
Quand, la Discorde ayant jeté
Son dernier brandon dans la cendre,
Ce n'est pas d'un ongle irrité
Que tu traceras, douce et fière,
Ces mots, sur l'armure guerrière,
En caractères de lumière :
« FRATERNITÉ ! FRATERNITÉ ! »
L'homme puisse-t-il, ô Victoire !
Ne plus haïr, ne plus trahir
A tes lèvres qu'il vienne boire
L'Amour, ce dieu de l'avenir !
Puisque aimer de la mort délivre,
Que de ton baiser il s'enivre !
Apprends-lui maintenant à vivre,
Lui qui savait si bien mourir !