Chant des Pleureuses
Written 1899-01-01 - 1899-01-01
Ayons comme les jours de la triste saison
Nos heures de soleil et de mélancolie ;
Autant qu'il nous est doux de rire à la folie,
Qu'il nous plaise parfois de pleurer sans raison.
Pleurons, pleurons pleureuses que nous sommes
Pleurons, pleurons, loin du regard des hommes,
Pleurons quand la tristesse enténèbre nos yeux,
Pleurons lorsque le cœur s'énamoure et s'ennuie ;
Que nos chagrins, pareils aux nuages des cieux,
Se dissipent en pleurs comme ils tombent en pluie !
Qu'il est plaisant de voir, ainsi que brusquement
S'ensoleille en avril l'azur après l'ondée,
Une pleureuse encor de larmes inondée
S'illuminer soudain d'un sourire charmant !
Pleurons, pleurons pleureuses que nous sommes
Pleurons, pleurons, loin du regard des hommes,
Pleurons quand la tristesse enténèbre nos yeux,
Pleurons lorsque le cœur s'énamoure et s'ennuie ;
Que nos chagrins, pareils aux nuages des cieux,
Se dissipent en pleurs comme ils tombent en pluie !
Dolentes et les yeux empreints de nonchaloir
Sachons parfois, ainsi qu'à l'ombre des platanes
Le cœur alangouri soupirent les sultanes,
Même au doux mois des fleurs gémir et nous doloir.
Pleurons, pleurons pleureuses que nous sommes
Pleurons, pleurons, loin du regard des hommes,
Pleurons quand la tristesse enténèbre nos yeux,
Pleurons lorsque le cœur s'énamoure et s'ennuie ;
Que nos chagrins, pareils aux nuages des cieux,
Se dissipent en pleurs comme ils tombent en pluie !