Chapitre v

By Pierre Corneille

Written 1656-01-01 - 1656-01-01

Cherche la vérité dans la sainte écriture,

Et lis du même esprit

Le texte impérieux de sa doctrine pure,

Que tu le vois écrit.

On n'y doit point chercher, ni le fard du langage,

Ni la subtilité,

Ni de quoi s'attacher sur le plus beau passage,

Qu'à son utilité.

Lis un livre dévot, simple et sans éloquence,

Avec plaisir pareil

Que ceux où se produit l'orgueil de la science

En son haut appareil.

Ne considère point si l'auteur d'un tel livre

Fut plus ou moins savant ;

Mais s'il dit vérité, s'il t'apprend à bien vivre,

Feuillette-le souvent.

Quand son instruction est salutaire et bonne,

Donne-lui prompt crédit,

Et sans examiner quel maître te la donne,

Songe à ce qu'il te dit.

L'autorité de l'homme est de peu d'importance,

Et passe en un moment ;

Mais cette vérité que le ciel nous dispense

Dure éternellement.

Sans égard à personne avec nous Dieu s'explique

En diverses façons,

Et par tel qu'il lui plaît sa bonté communique

Ses plus hautes leçons.

Le sens de sa parole est souvent si sublime

Et si mystérieux,

Qu'à trop l'approfondir il égare, il abîme

L'esprit du curieux.

Il ne veut pas toujours que la vérité nue

S'offre à l'entendement,

Et celui-là se perd qui s'arrête où la vue

Doit passer simplement.

De ce trésor ouvert la richesse éternelle

A beau nous inviter :

Si l'on n'y porte un cœur humble, simple, fidèle,

On n'en peut profiter.

Ne choisis point pour but de cette sainte étude

D'être estimé savant,

Ou pour fruit d'un travail et si long et si rude

Tu n'auras que du vent.

Consulte volontiers sur de si hauts mystères

Les meilleurs jugements,

Écoute avec respect les avis des saints pères

Comme leurs truchements.

Ne te dégoûte point surtout des paraboles,

Quel qu'en soit le projet,

Et ne les prends jamais pour des contes frivoles

Qu'on forme sans sujet.