Chasse d’hiver
Written 1884-01-01 - 1884-01-01
OÙ vas-tu, chasseur, où vas-tu.
Le fusil chargé sur l’épaule ?
La foulque, le canard pattu
Avec l’oie arrivent du pôle :
Prends garde, chasseur aguerri !
Tirliri ! !
Adroit tireur de bécassines.
Si tu m’en crois, à la maison
Tu resteras, c’est la raison.
Loin des rafales assassines :
Chauffe-toi, chasseur attendri !
Tirliri ! !
Les sarcelles, les marouettes.
Les geais, les râles des marais
Sont abrités dans les forêts.
Épuisés par de longues diètes :
On n’entend pas le moindre cri !
Tirliri ! !
Perçant la brume et la nuée,
Dans un coin du ciel exigu,
Les canards en triangle aigu
Volent, troupe diminuée :
Quitte au plus tôt la hutte-abri !
Tirliri !
La crique est profonde et peu sûre.
Les sables mouvans sont nombreux,
La glace a des trous ténébreux
Qu’on voit par plus d’une fissure :
Sois prudent, ô chasseur meurtri !
Tirliri !
Ta ménagère dans la peine
Comprime un sanglot étouffant ;
Sur les carreaux ton jeune enfant
Fait un brouillard de son haleine :
En route, chasseur peu nourri !
Tirliri ! !
Surveillant la broche qui tourne,
Le chat ronronne auprès du feu ;
Aux amours il a dit adieu :
Le souriceau joue et séjourne,
Mais de la chasse il est guéri !
Tirliri ! !
Fais comme lui ! de la passée
Dédaigne les appâts trompeurs ;
l/horizon s’emplit de vapeurs,
La lune est comme trépassée :
Sois sage enfin, pauvre mari !
Tirliri ! !
Rentre au logis qui s’inquiète ;
Ta femme t’attend sur le seuil,
Malgré le froid, malgré son deuil,
Et ta soupe est dans ton assiette :
L’enfant t’accueille avec un cri !
Tirliri ! !
Au plus près de la cendre chaude
Ton chien va se coucher en rond ;
Le chat interrompt son ronron ;
Il y restera jusqu’à laude :
Malgré son compagnon marri !
Tirliri ! !
Le coucou de la forêt Noire
Sort avec fracas du boîtier !
Il est heureux, ce forestier,
De faire échec à la bouilloire
Le coquemar en a tari !
Tirliri ! !
Dans le dressoir, sur une assiette.
Les bras croisés. Napoléon
Au fier bâtard de Mauléon
Fait une grimace inquiète :
Marlborough en est ahuri !
Tirliri ! !
Allons, chasseur, tirant la patte.
Regagne le lit conjugal ;
Sois heureux du bonheur légal
Et dors à poings fermés, pirate :
Sans crainte du charivari !
Tirliri ! !
Depuis les beaux jours de l'enfance,
Le temps, hélas ! t’a bien changé,
Sur tes cheveux il a neigé,
Et ta glace à la glace offense :
Adieu donc, chasseur défleuri !
Tirliri ! !