Châteaudun

By Théodore Banville

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

Châteaudun ! qui vois des bourreaux

Où furent des cœurs de lion,

Tu nous parais, nid de héros,

Plus sublime qu'un Ilion.

Comme on fauche des épis mûrs,

Les boulets rougis et fumants

Ont dans les débris de tes murs

Dispersé tes abris charmants ;

Mais tes fils, les chasseurs de loups,

Sont tombés purs et sans remords.

Ils étaient mille, et sous leurs coups

Dix-huit cents Prussiens sont morts.

Illustre cité (les Romains

Te nommaient ainsi) pour tes fils

Tu renaîtras ! par tes chemins

On entendra, comme jadis,

Dans tes arbres en floraison

L'alouette éveiller l'écho.

La devise de ton blason

Dit : Extincta revivisco !

Mais, froid cadavre au pied des tours

Parmi les décombres mouvants

Fouillé par le bec des vautours,

Et cendre abandonnée aux vents,

Tu resplendis ! patrie en deuil,

Qui, devant le destin moqueur

Moins obstiné que ton orgueil,

Portas la France dans ton cœur !

Car tes défenseurs belliqueux,

Frémissant d'indignation,

Laissaient à de plus lâches qu'eux

L'ignoble résignation ;

Voulant tous, d'un esprit têtu,

Que ton beau renom pût fleurir,

Ils eurent la mâle vertu

De tuer avant de mourir,

Et rien ne vaut le fier sommeil

De ces soldats couchés en rang

Sur la terre nue, au soleil,

Qui dorment, couchés dans leur sang.