Chez son peintre

By Albert Mérat

Written 1900-01-01 - 1900-01-01

Vous entrez souriantes : c'est

Le charme d'un poème en prose,

Qu'il soit ou non de chez Doucet.

Vous entrez souriantes : c'est

Le geste ensuite du corset

Que l'on enlève pour la pose.

Vous entrez souriantes : c'est

Le charme d'un poème en prose.

Alors, c'est le poème en vers,

Le rythme du pied qu'on déchausse

Suscitant des rythmes divers,

Alors c'est le poème en vers ;

La chemise qui glisse vers

La cheville, ou que le bras hausse,

Alors c'est le poème en vers,

Le rythme du pied qu'on déchausse.

La statue entière apparaît

Que vous étiez et que vous êtes :

Ce n'est plus un simple portrait.

La statue entière apparaît.

Malheureux qui ne connaîtrait

Que les déesses déjà faites.

La statue entière apparaît

Que vous étiez et que vous êtes.

Je m'oublie à charmer mes yeux,

Loin des inutiles étoffes,

Des strophes du sein précieux.

Je m'oublie à charmer mes yeux

D'un bas de reins délicieux

Avec ses belles antistrophes.

Je m'oublie à charmer mes yeux

Loin des inutiles étoffes.

Un éloignement ingénu

Me détourne des couturières ;

J'ai pour cet ennemi du nu

Un éloignement ingénu.

Tartuffe ou niais inconnu,

Pensez à moi dans vos prières.

Un éloignement ingénu

Me détourne des couturières.

Les véritables amoureux

De la femme gardent ce culte.

Le beau hante ces songes creux,

Les véritables amoureux.

Ils regardent, les malheureux !

Une robe comme une insulte.

Les véritables amoureux

De la femme gardent ce culte.

Honni soit qui mal penserait

De cette préférence altière.

Phidias lui-même en rirait.

Honni soit qui mal penserait !

Quand tant d'yeux tombent en arrêt

Devant la moindre jarretière.

Honni soit qui mal penserait

De cette préférence altière.