Clair de lune

By Lucie Delarue-Mardrus

Written 1910-01-01 - 1910-01-01

Ce soir, la lune fixe ensorcelle les arbres.

Les grillons de juillet eux-mêmes se sont tus ;

Le silence est couché sur les foins abattus…

Dis ?… Ne sommes-nous pas plus pâles que des marbres ?

Allons-nous-en le long de l'allée en biais,

Quittons à pas de loup la maison à mi-côte.

On n'oserait jamais se parler à voix haute,

N'est-ce pas ?… Taisons-nous. Il fait étrange et frais.

Le foin nous envahit de ses rustiques baumes.

A part cette senteur, rien n'a de vérité.

Sont-ce des prés, des bois, des champs ? Est-ce l'été ?

Sommes-nous deux vivants ? Sommes-nous deux fantômes ?