Clamavi ad te

By Henriette Hervé

Written 1925-01-01 - 1925-01-01

J'approche et tu fermes tes bras,

Je te regarde et tu détournes ton visage,

J'implore et tu n'écoutes pas !

Sais-tu ce qu'il faut de courage

Pour supporter, sans défaillance, un tel conflit ?

Tu ne me tuerais pas, mais tu m'ensevelis

Vivante encor dans une tombe

D'où, chaque jour, j'essaie en vain de m'évader

Où chaque soir, il faut pourtant que je retombe

Puisque tu n'as rien accordé !

J'use ma force dans le vide

Sur un but fugitif que je n'atteins jamais !

Je dispute un rêve splendide

Au silence qui ne permet

Ni son éclosion, ni sa fin, ni sa suite !

Mais que te font à toi, tous mes vœux mis en fuite

Et tous mes élans réfrénés,

Puisque tes yeux sont secs et ton cœur n'est pas ivre ?

Tu le sauras portant, que d'être abandonné

C'est mourir sans cesser de vivre !

Ah ! depuis déjà tant de mois

Que je porte l'amour dans le fond de mes moëlles

Comme un mal pesant, il s'accroît

Sans que rien ne le renouvelle !

le est moi-même enfin, bien plus qu'un sentiment !

Sache que tu m'es cher, intolérablement,

Que j'attends ta miséricorde ;

Je le dirai, jusqu'au dernier souffle, sans fin,

Car mon cœur trop frappé, vibrant à pleines cordes,

Ne connaît plus d'autre refrain !

Écoute-moi ! l'amour m'écrase !

Aucun enfer, jamais, ne fut sans paradis

Aucun martyre sans extase,

Aucune fièvre sans répit !

Écoute-moi ! L'amour prend ma vie et la sape !

La route la plus longue est-elle sans étape,

Le calvaire sans stations ?

Écoute-moi ! L'amour de sa soif me dessèche !

Faudra-t-il traverser, sous le soleil de plomb

Tout le désert sans puits d'eau fraîche ?

N'auras-tu jamais de pitié,

Et sur cette agonie, impossible à décrire,

Ne voudras-tu pas effeuiller

La claire douceur d'un sourire ?

Tu ne me vois donc pas, prostrée à deux genoux,

Et t'implorant toujours ! Mes balbutiements fous

N'exhalent plus des mots de blâme,

Ni des appels venus de mon cœur en lambeaux,

Ce ne sont ni soupirs, ni larmes, ni sanglots,

Mais c'est comme des sueurs d'âme !