Clamavi ad te
Written 1925-01-01 - 1925-01-01
J'approche et tu fermes tes bras,
Je te regarde et tu détournes ton visage,
J'implore et tu n'écoutes pas !
Sais-tu ce qu'il faut de courage
Pour supporter, sans défaillance, un tel conflit ?
Tu ne me tuerais pas, mais tu m'ensevelis
Vivante encor dans une tombe
D'où, chaque jour, j'essaie en vain de m'évader
Où chaque soir, il faut pourtant que je retombe
Puisque tu n'as rien accordé !
J'use ma force dans le vide
Sur un but fugitif que je n'atteins jamais !
Je dispute un rêve splendide
Au silence qui ne permet
Ni son éclosion, ni sa fin, ni sa suite !
Mais que te font à toi, tous mes vœux mis en fuite
Et tous mes élans réfrénés,
Puisque tes yeux sont secs et ton cœur n'est pas ivre ?
Tu le sauras portant, que d'être abandonné
C'est mourir sans cesser de vivre !
Ah ! depuis déjà tant de mois
Que je porte l'amour dans le fond de mes moëlles
Comme un mal pesant, il s'accroît
Sans que rien ne le renouvelle !
le est moi-même enfin, bien plus qu'un sentiment !
Sache que tu m'es cher, intolérablement,
Que j'attends ta miséricorde ;
Je le dirai, jusqu'au dernier souffle, sans fin,
Car mon cœur trop frappé, vibrant à pleines cordes,
Ne connaît plus d'autre refrain !
Écoute-moi ! l'amour m'écrase !
Aucun enfer, jamais, ne fut sans paradis
Aucun martyre sans extase,
Aucune fièvre sans répit !
Écoute-moi ! L'amour prend ma vie et la sape !
La route la plus longue est-elle sans étape,
Le calvaire sans stations ?
Écoute-moi ! L'amour de sa soif me dessèche !
Faudra-t-il traverser, sous le soleil de plomb
Tout le désert sans puits d'eau fraîche ?
N'auras-tu jamais de pitié,
Et sur cette agonie, impossible à décrire,
Ne voudras-tu pas effeuiller
La claire douceur d'un sourire ?
Tu ne me vois donc pas, prostrée à deux genoux,
Et t'implorant toujours ! Mes balbutiements fous
N'exhalent plus des mots de blâme,
Ni des appels venus de mon cœur en lambeaux,
Ce ne sont ni soupirs, ni larmes, ni sanglots,
Mais c'est comme des sueurs d'âme !