Clovis Hugues

By Théodore Banville

Written 1884-01-01 - 1884-01-01

Les députés ont de ces fugues !…

Ils sont une meute aux abois.

Donc, ils ont chassé Clovis Hugues,

Comme un sanglier dans les bois.

Tels des vieux, tombés en enfance.

En lui criant : Vade retro!

Ils le chassent, avec défense

De porter le nom de Pietro.

La Chambre ingénue et profonde

Arrache de son sein Clovis,

Pour assurer la paix du monde.

Para bellum, si pacem vis.

Enfants, mangez des prunes d'ente !

Loin des vertigineux lambris

Clovis a dû fuir. Comme Dante,

Il est exilé… dans Paris !

Hier encore il était membre.

Il ne l'est plus. Destins railleurs !

Il n'entre jamais dans la Chambre,

Hélas ! Ni moi non plus, d'ailleurs.

Misérable porteur de lyre,

Il n'entendra pas, longs ou courts,

Ainsi que des chiens en délire

Aboyer les vagues discours.

Oisif après ces catastrophes,

Et portant le suprême affront,

Il caresse les belles strophes

Ayant des rimes sur le front.

Passant inutile, poëte,

Échanson des généreux vins.

Il entend frémir dans sa tête

Les ailes des rhythmes divins ;

Il s'unit au peuple, à la foule,

Plein de pitié, baigné de jour,

Bercé par cette grande houle

D'où sort un long sanglot d'amour ;

Il mêle à sa voix forte et pure

Les soupirs, les cris douloureux,

L'hymne effaré de la nature

Et la plainte des malheureux ;

Âme que tout espoir enchante

De sa tragique passion,

Il s'extasie, il rêve, il chante…—

Il n'a plus de profession.