Cognes et flics

By Paul Verlaine

Written 1896-01-01 - 1896-01-01

AUTREFOIS j’aimais les gendarmes.

Drôle de goût, me direz-vous…

Enfin je leur trouvais des charmes,

Non certes au-dessus de tout,

Mais je les gobais tout de même,

Comme on prise de bons enfants.

Élite de l’armée et crème

Et fleur, ils m’étaient triomphants !

Leurs baudriers et leurs bicornes,

Si bien célébrés par Nadaud,

D’une sécurité sans bornes

Flattaient mon âme de badaud.

Puis, ils lampent le petit verre

Avant comme après le repas

D’un geste plus ou moins sévère

Et je ne le détestais pas.

Je trinquais avec des brigades,

Et nous buvions à nos amours.

Comme il sied avec des troubades,

C’était moi qui payais toujours…

Depuis je constate avec peine

Qu’ils sont des rosses vous dressant

Procès-verbal à perdre haleine,

Quand ils jugent le cas pressant.

La douille manque à la caserne.

Or voici, grâce à tels délits,

Qu’ils fabriquent d’un style terne,

Les budgets qu’il faut, rétablis.

A moi, les chouias, les macaches !

Désormais je me voue au chant

National de « Mort aux vaches ! »

Fussé-je pris pour un méchant…

Comme aussi les sergents de ville :

J’avais un estime pour eux

Protecteurs de la paix civile,

De l’ordre gardiens valeureux,

Rempart du Bien, terreur du Crime,

Ils me semblaient, naïveté !

Une apparition sublime

D’anges veillant sur la cité…

Hélas ! c’est encor : « Mort aux vaches ! »

Qu’il faut crier quand on les voit.

Massacreurs féroces et lâches,

Mouchards, n’on point maquereaux, soit

Mais tout comme, ivrognes qu’indure

Plus d’un rogomme monstrueux…

Et le héros se dénature

En un drôle imperpétueux.