Colloque

By Théodore Banville

Written 1888-01-01 - 1888-01-01

En passant auprès du bassin

Où le flot s'enfle comme un sein,

L'oiseau neigeux m'ayant fait signe,

J'approchai bien vite, et sur lui

Comme un rayon d'or avait lui,

Je dis à ce beau Cygne : Cygne !

Buvant le ciel aérien,

Blanc voyageur, tu ne fais rien.

C'est vainement que l'on t'épie.

Être de neige, comme un lys,

Te suffit, ô Cygne, tandis

Que nous faisons de la copie.

Va chercher une entrave ailleurs !

Imite les bons travailleurs :

Le Bœuf superbe qui laboure,

Ou l'Âne, heureux d'avoir marché,

Qui, sur son dos, porte au marché,

Des légumes, et que l'on bourre.

Et nous-mêmes, sans nous vanter,

Vois, nous ne savons qu'inventer

Pour montrer notre humeur folâtre.

Romantiques impénitents,

Nous écrivons, de temps en temps,

Quelque farce, pour le théâtre.

Que diable ! escrime-toi, voyons,

Autrement que dans les rayons !

Tel, mû par le désir insigne

Et rempli d'opportunité

D'entrer dans la modernité,

Je gourmandais le nommé Cygne ;

Mais l'oiseau de neige et de lys,

Plus blanc que le sein de Laïs,

L'oiseau divin qui, sur la ville

Regarde l'astre à son déclin,

Me dit : Ne fais pas le malin

Et soigne tes rimes, Banville.