Combattre !

By Joseph Poisle-Desgranges

Written 1871-01-01 - 1871-01-01

Le général de Moltke a dit, faut-il le croire ?

« Vous attendez en vain les soldats de la Loire ;

Leur armée est détruite et, par les Allemands,

Est reprise aujourd’hui la ville d’Orléans…»

Il ajoute ces mots au bas de son message :

« J’offre à l’un de vos chefs de lui livrer passage

Pour s’assurer du fait…» Paris, dont le sang bout,

Paris qui ne dort point quand sa garde est debout,

Paris qui n’est pas né pour se laisser abattre,

Paris a répondu : — Je suis prêt à combattre !

Peu m’importe un revers que la ruse interprète !

Je suis le chêne droit qui porte haut la tête :

La foudre en m’atteignant peut abattre mes bras ;

Ce n’est pas toi, Prussien, qui me les briseras !

Quand le lion rugit, crois-tu que sa colère

S’apaise avec le vent qui mène la poussière ?

Paris est le lion que rien ne rend craintif ;

Dans la cage où l’on croit qu’il restera captif,

Il s’agite tout seul… mais seul il en vaut quatre !

Surtout lorsqu’il a dit : — Je suis prêt à combattre !

Combattre ! Ah ! c’est le cri que répétaient nos pères

Lorsqu’il faisaient rentrer jusqu’en leurs froids repaires

Ces tigres réchauffés au fumier d’Attila.

Vous bravez le lion !… Le lion, le voilà !…

Il s’élance sur vous ; c’est lui qui vous terrasse,

Lâches ! vils assassins ! vous demanderez grâce ;

Plus on est criminel, plus on est repentant !

Le lion vous verra verser des pleurs de sang…

Essaim de moucherons, allons donc ! viens t’ébattre

Sous les murs de Paris !… Le lion veut combattre !

Que nos monts élevés deviennent le calvaire

Des Germains ! Que les morts n’aient pas d’autre suaire

Que la lune éclairant leurs visages blafards,

Leurs casques, leurs fusils et leurs membres épars !

Que les chevaux tombés au sein de nos campagnes

Rendent nos blés féconds au-delà des montagnes !

Que l’herbe refleurisse au-dessus du cercueil

Qui plonge en ce moment toute la France en deuil !

Et que d’un même élan notre cœur sache battre

Quand l’honneur nous redit : — Soldats, il faut combattre !