Complainte

By Henriette Hervé

Written 1925-01-01 - 1925-01-01

Le premier jour… L'aube est sans. doute

Trop heureuse pour s'effacer

Et reste aux pommiers de la route !

Le ciel rit dans l'eau des fossés…

Un ciel frais éclos… Et j'écoute

Tous les baisers de fiancés

Qu'apporte le vent. Passe, tendre

La journée… Ah ! Seigneur très bon !

L'aube illumine encor mon front…

Et c'est doux d'attendre…

Laire, laire, LonLaire, laire, Lon

Le second jour… L'aube a sans doute

Joué son sort, la nuit, aux dés…

Elle est rouge et court sur la route !

En passant, sa joue a fardé

Tous les arbres des bois… J'écoute…

Est-ce le cri des possédés ?

Le père en tremble sur ses jambes !

Au feu ! au feu ! Seigneur, plains-la !

…L'aube a brûlé mon toit, hélas !

Et ma maison flambe…

Laire, laire, lon !Laire, laire, lon !

Le dernier jour… l'aube est sans doute

Bien trop lasse pour se lever…

Des corbeaux, au loin sur la route,

Achèvent un cheval crevé.

Il neige, et j'ai si froid… J'écoute

Quand la cloche sonne un ave,

Le glas de l'écho… Passe, lente,

La journée…. Ah ! j'ai mal, Seigneur !

Car le froid m'a gelé le cœur

Et la mort me hante !…