Complainte à notre-dame des soirs

By Jules Laforgue

Written 1885-01-01 - 1885-01-01

L'Extase du soleil, peuh ! La Nature, fade

Usine de sève aux lymphatiques parfums.

Mais les lacs éperdus des longs couchants défunts

Dorlotent mon voilier dans leurs plus riches rades,

Comme un ange malade…

Ô Notre-Dame des Soirs,

Que Je vous aime sans espoir !

Lampes des mers ! Blancs bizarrants ! Mots à vertiges !

Axiomes in articulo mortis déduits !

Ciels vrais ! Lune aux échos dont communient les puits !

Yeux des portraits ! Soleil qui, saignant son quadrige,

Cabré, s'y crucifige !

Ô Notre-Dame des Soirs,

Certe, ils vont haut vos encensoirs !

Eux sucent des plis dont le frou-frou les suffoque ;

Pour un regard, ils battraient du front les pavés ;

Puis s'affligent sur maint sein creux, mal abreuvés ;

Puis retournent à ces vendanges sexciproques.

Et moi, moi, Je m'en moque !

Oui, Notre-Dame des Soirs,

J'en fais, paraît-il, peine à voir.

En voyage, sur les fugitives prairies,

Vous me fuyez ; ou du ciel des eaux m'invitez ;

Ou m'agacez au tournant d'une vérité ;

Or vous ai-je encor dit votre fait, je vous prie ?

Ah ! Coquette Marie,

Ah ! Notre-Dame des Soirs,

C'est trop pour vos seuls Reposoirs !

Vos Rites, jalonnés de sales bibliothèques,

Ont voûté mes vingt ans, m'ont tari de chers goûts.

Verrai-je l'oasis fondant au rendez-vous,

Où… Vos lèvres (dit-on !) à jamais nous dissèquent ?

Ô Lune sur la Mecque !

Notre-Dame, Notre-Dame des Soirs,

De vrais yeux m'ont dit : au revoir !