Complainte de la fin des journées

By Jules Laforgue

Written 1885-01-01 - 1885-01-01

Vous qui passez, oyez donc un pauvre être,

Chassé des Simples qu'on peut reconnaître

Soignant, las, quelque œillet à leur fenêtre !

Passants, hâtifs passants,

Oh ! Qui veut visiter les palais de mes sens ?

Maints ciboires

De déboires

Un encor !

Ah ! L'enfant qui vit de ce nom, poète !

Il se rêvait, seul, pansant Philoctète

Aux nuits de Lemmos ; ou, loin, grêle ascète.

Et des vers aux moineaux,

Par le lycée en vacances, sous les préaux !

Offertoire,

En mémoire

D'un consort.

Mon dieu, que tout fait signe de se taire !

Mon dieu, qu'on est follement solitaire !

Où sont tes yeux, premier dieu de la Terre

Qui ravala ce cri :

« Têtue Éternité ! Je m'en vais incompris… ? »

Pauvre histoire !

Transitoire

Passeport ?

J'ai dit : mon Dieu. La terre est orpheline

Aux ciels, parmi les séminaires des Routines.

Va, suis quelque robe de mousseline…

‒ Inconsciente Loi,

Faites que ce crachoir s'éloigne un peu de moi !

Vomitoire

De la foire,

C'est la mort.