Complainte de l'ange incurable

By Jules Laforgue

Written 1885-01-01 - 1885-01-01

Je t'expire mes Cœurs bien barbouillés de cendres ;

Vent esquinté de toux des paysages tendres !

Où vont les gants d'avril, et les rames d'antan ?

L'âme des hérons fous sanglote sur l'étang.

Et vous, tendres

D'antan ?

Le hoche-queue pépie aux écluses gelées ;

L'amante va, fouettée aux plaintes des allées.

Sais-tu bien, folle pure, où sans châle tu vas ?

‒ Passant oublié des yeux gais, j'aime là-bas…

‒ En allées

Là-bas !

Le long des marbriers (Encore un beau commerce ! )

Patauge aux défoncés un convoi, sous l'averse.

Un trou, qu'asperge un prêtre âgé qui se morfond,

Bâille à ce libéré de l'être ; et voici qu'on

Le déverse

Au fond.

Les moulins décharnés, ailes hier allègres,

Vois, s'en font les grands bras du haut des coteaux maigres !

Ci-gît n'importe qui. Seras-tu différent,

Diaphane d'amour, ô Chevalier-Errant ?

Claque, ô maigre

Errant !

Hurler avec les loups, aimer nos demoiselles,

Serrer ces mains sauçant dans de vagues vaisselles !

Mon pauvre vieux, il le faut pourtant ! Et puis, va,

Vivre est encor le meilleur parti ici-bas.

Non ! Vaisselles

D'ici-bas !

Au-delà plus sûr que la Vérité ! Des ailes

D'Hostie ivre et ravie aux cités sensuelles !

Quoi ! Ni Dieu, ni l'art, ni ma Sœur Fidèle ; mais

Des ailes ! Par le blanc suffoquant ! À jamais,

Ah ! Des ailes

À jamais !

‒ Tant il est vrai que la saison dite d'automne

N'est aux cœurs mal fichus rien moins que folichonne.