Complainte des consolations

By Jules Laforgue

Written 1885-01-01 - 1885-01-01

Ses yeux ne me voient pas, son corps serait jaloux ;

Elle m'a dit : « monsieur… " en m'enterrant d'un geste ;

Elle est Tout, l'univers moderne et le céleste.

Soit ! Draguons donc Paris, et ravitaillons-nous,

Tant bien que mal, du reste.

Les Landes sans espoir de ses regards brûlés

Semblaient parfois des paons prêts à mettre à la voile…

Sans chercher à me consoler vers les étoiles,

Ah ! Je trouverai bien deux yeux aussi sans clés,

Au Louvre, en quelque toile !

Oh ! Qu'incultes, ses airs, rêvant dans la prison

D'un cant sur le qui-vive au travers de nos hontes !

Mais, en m'appliquant bien, moi dont la foi démonte

Les jours, les ciels, les nuits, dans les quatre saisons

Je trouverai mon compte.

Sa bouche ! À moi, ce pli pudiquement martyr

Où s'aigrissent des nostalgies de nostalgies !

Eh bien, j'irai parfois, très sincère vigie,

Du haut de Notre-Dame aider l'aube au sortir

De passables orgies.

Mais, Tout va la reprendre ! ‒ Alors Tout m'en absout.

Mais, Elle est ton bonheur ! ‒ Non ! Je suis trop immense,

Trop chose. Comment donc ! Mais ma seule présence

Ici-bas, vraie à s'y mirer, est l'air de Tout :

De la Femme au Silence !