Complainte des printemps

By Jules Laforgue

Written 1885-01-01 - 1885-01-01

Permettez, ô sirène,

Voici que votre haleine

Embaume la verveine ;

C'est l'printemps qui s'amène !

‒ Ce système, en effet, ramène le printemps,

Avec son impudent cortège d'excitants.

Ôtez donc ces mitaines ;

Et n'ayez, inhumaine,

Que mes soupirs pour traîne :

Ous'qu'il y a de la gêne…

‒ Ah ! Yeux bleus méditant sur l'ennui de leur art !

Et vous, jeunes divins, aux soirs crus de hasard !

Du géant à la naine,

Vois, tout bon sire entraîne

Quelque contemporaine,

Prendre l'air, par hygiène…

‒ Mais vous saignez ainsi pour l'amour de l'exil !

Pour l'amour de l'Amour ! D'ailleurs, ainsi soit-il…

T'ai-je fait de la peine ?

Oh ! Viens vers les fontaines

Où tournent les phalènes

Des Nuits Élyséennes !

‒ Pimbèche aux yeux vaincus, bellâtre aux beaux jarrets,

Donnez votre fumier à la fleur du Regret.

Voilà que son haleine

N'embaum'plus la verveine !

Drôle de phénomène…

Hein, à l'année prochaine ?

‒ Vierges d'hier, ce soir traîneuses de fœtus,

À genoux ! Voici l'heure où se plaint l'Angélus.

Nous n'irons plus au bois,

Les pins sont éternels,

Les cors ont des appels !…

Neiges des pâles mois,

Vous serez mon missel !

‒ Jusqu'au jour de dégel.