Complainte du pauvre jeune homme

By Jules Laforgue

Written 1885-01-01 - 1885-01-01

Quand ce jeune homm' rentra chez lui,

Quand ce jeune homm' rentra chez lui ;

Il prit à deux mains son vieux crâne,

Qui de science était un puits !

Crâne,

Riche crâne,

Entends-tu la Folie qui plane ?

Et qui demande le cordon,

Digue dondaine, digue dondaine,

Et qui demande le cordon,

Digue dondaine, digue dondon ?

Quand ce jeune homm' rentra chez lui,

Quand ce jeune homm' rentra chez lui ;

Il entendit de tristes gammes,

Qu'un piano pleurait dans la nuit !

Gammes,

Vieilles gammes,

Ensemble, enfants, nous vous cherchâmes ;

Son mari m'a fermé sa maison,

Digue dondaine, digue dondaine,

Son mari m'a fermé sa maison,

Digue dondaine, digue dondon !

Quand ce jeune homm' rentra chez lui,

Quand ce jeune homm' rentra chez lui ;

Il mit le nez dans sa belle âme,

Où fermentaient des tas d'ennuis !

Âme,

Ma belle âme,

Leur huile est trop sal' pour ta flamme !

Puis, nuit partout ! Lors, à quoi bon ?

Digue dondaine, digue dondaine,

Puis, nuit partout ! Lors, à quoi bon ?

Digue dondaine, digue dondon !

Quand ce jeune homm' rentra chez lui,

Quand ce jeune homm' rentra chez lui ;

Il vit que sa charmante femme,

Avait déménagé sans lui !

Dame,

Notre-Dame,

Je n'aurai pas un mot de blâme !

Mais t'aurais pu m'laisser l'charbon,

Digue dondaine, digue dondaine,

Mais t'aurais pu m'laisser l'charbon ,

Digue dondaine, digue dondon.

Lors, ce jeune homme aux tels ennuis,

Lors, ce jeune homme aux tels ennuis ;

Alla décrocher une lame,

Qu'on lui avait fait cadeau avec l'étui !

Lame,

Fine lame,

Soyez plus droite que la femme !

Et vous, mon Dieu, pardon ! Pardon !

Digue dondaine, digue dondaine,

Et vous, mon dieu, pardon ! Pardon !

Digue dondaine, digue dondon !

Quand les croq'morts vinrent chez lui,

Quand les croq'morts vinrent chez lui ;

Ils virent qu'c'était un'belle âme,

Comme on n'en fait plus aujourd'hui.

Âme,

Dors, belle âme !

Quand on est mort, c'est pour de bon,

Digue dondaine, digue dondaine,

Quand on est mort, c'est pour de bon,

Digue dondaine, digue dondon !