Complainte du soir des comices agricoles

By Jules Laforgue

Written 1885-01-01 - 1885-01-01

Deux royaux cors de chasse ont encore un duo

Aux échos,

Quelques fusées reniflent s'étouffer là-haut !

Allez, allez, gens de la noce,

Qu'on s'en donne une fière bosse !

Et comme le jour naît, que bientôt il faudra,

À deux bras,

Peiner, se recrotter dans les labours ingrats,

Allez, allez, gens que vous êtes,

C'est pas tous les jours jour de fête !

Ce violon incompris pleure au pays natal,

Loin du bal,

Et le piston risque un appel vers l'Idéal…

Mais le flageolet les rappelle

Et allez donc, mâl's et femelles !

Un couple erre parmi les rêves des grillons,

Aux sillons ;

La fille écoute en tourmentant son médaillon.

Laissez, laissez, ô cors de chasse,

Puisque c'est le sort de la race.

Les beaux cors se sont morts ; mais cependant qu'au loin,

Dans les foins,

Crèvent deux rêves niais, sans maire et sans adjoint.

Pintez, dansez, gens de la Terre,

Tout est un triste et vieux Mystère.

‒ Ah ! Le Premier que prit ce besoin insensé

De danser

Sur ce monde enfantin dans l'Inconnu lancé !

Ô Terre, ô terre, ô race humaine,

Vous me faites bien de la peine.