Complainte

By Maurice Mac-Nab

Written 1891-01-01 - 1891-01-01

Un jour le bienheureux Labre

Se promenait au soleil.

Il s’assit dessous un arbre

Pour se livrer au sommeil.

Vint à passer un pauvre homme

Tout nu, qui tremblait de froid,

En faisant des gestes comme

Un ministre sans emploi.

Ah ! pauvre homme, je devine

Pourquoi tu trembles si fort.

Prends pour couvrir ton échine

Ma ch’mise en toile d’Oxford.

Voilà quinze ans que j’la traîne

Jour et nuit par tous les temps.

Que Dieu sous sa garde prenne

Les puces qui sont dedans !

Quand le pauvre eut mis la ch’mise

Il tremblait toujours autant !

Maint’nant faut contre la bise

Garantir ton bienséant.

Ami, voilà ma culotte,

Garde-la comme un trésor,

C’est la premier’ fois que j’l’ôte

Depuis mon tirage au sort !

Quand il eut couvert son torse,

Le pauvre tremblait encor !

Mais sous une rude écorce

Le saint cachait un cœur d’or.

Tiens, dit-il, dans ces chaussettes

Mets tes pieds avec respect,

C’est celles des grandes fêtes,

J’ai fait l’tour du monde avec.

Quand il eut mis les chaussettes.

Le pauvre tremblait encor.

Ami, couvre-toi la tête

De ce modeste castor,

Garde-toi de mettre en gage

Ce souvenir précieux,

Car c’est l’unique héritage

Que m’aient laissé mes aïeux !

Quand il eut coiffé le feutre

Le pauvre tremblait encor.

Ah ! dit l’saint, quoi donc lui feutre,

Pour l’arracher à la mort ?

Dis-moi, quelle est ta souffrance,

Pourquoi que tu trembl’ ainsi ?

— C’est que depuis ma naissance

J’ai la danse de Saint-Guy !