Confession

By Alfred Busquet

Written 1884-01-01 - 1884-01-01

Mon âme est un miroir céleste

Qui vers le soleil de l'amour

Se tourne et dont l'éclat atteste

La force de l’astre du jour.

Il reflète le doux visage

Qui l’éclaire en le réchauffant ;

Nul n’en pourrait alors, je gage,

Supporter l’éclat triomphant.

Ses purs rayons, divine essence.

Au ciel dont ils sont descendus,

Par une élective influence

Retournent à jamais perdus.

Que l’astre ait cessé de sourire,

Toutes les beautés du moment

S’y reflètent sans y décrire

Leurs contours en un trait charmant.

De l’étain la froide surface

Ne se laisse pas pénétrer ;

Car Je miroir est une glace

Où nul regard ne peut entrer.

Les apparences de la terre

Y glissent, fantômes peu sûrs,

Comme un nuage solitaire

A l’horizon des cieux obscurs.

Qu’un peu plus tard la solitude

Ait mordu l’étain réflecteur,

Que le mépris, l’ingratitude

Aient mis leur tare sur mon cœur.

Ce n’est plus un miroir céleste,

La flint-glass aux tons irisés,

C’est un tesson vulgaire, un reste

De flacon, de verres cassés.

O mon âme, je t’en adjure,

Quel est ton état, le sais-tu ?

— J’aime l’art moins que la nature,

La beauté moins que la vertu !