Confession

By Alfred de Musset

Written 1857-01-01 - 1857-01-01

Le temps ne nous corrige pas

Nous autres, personnes sensibles,

En vain les muses inflexibles

Voilent à nos yeux leurs appas ;

Tous nous attachons à leurs pas

Ainsi que des enfants terribles ;

Les fautes ne servent de rien.

Pour en éviter de nouvelles,

Nous rimons mal, nous péchons bien.

A défaut d’amour et de belles

Les vers tourmentent nos cervelles

Toujours — et nous nous obstinons,

Comme en leur foi les hérétiques.

Mil huit cent vingt ! nous éclosions

Dans les Mélanges poétiques,

Livre plein de prétentions

Aux enivrements érotiques.

Puis dix ans nous nous reposions

Au sein des dames romantiques,

Venaient après ? — je ne sais plus,

Sinon que c’était du plus tendre,Sinon que c’était du plus tendre,

Du cœur brisé, des sens émus,

Et beaucoup de vœux superflus.

Dix nouveaux ans encor de fièvre !

Arthur paraît, le malheureux,

Déplorablement vertueux,

Triste réveil d’un charmant rêve !

Est-ce la fin ? Hélas ! hélas !

Voilà que viennent des Lilas !

C’est l’amitié qui les fait naître,

Le temps d’éclore et de paraître,

De parfumer une fenêtre,

Et tout est dit de cette fois !

C’en est bien fait, amis, mes maîtres ;

Dans ces lieux où je vous reçois

Vous ne trouverez plus de traîtres.

Oh ! ces vers ! sont-ils négligés,

Mal équipés, mal arrangés,

Avec des trous à leur chemise !

Et se présenter, ainsi faits,

A leurs seigneurs, que de sottise !

Pauvres amis, pardonnez-leur ;

Ils connaissent bien leur faiblesse.

Ils vous diront : excusez leur vieillesse,

La grande faute de l’auteur.