Contemplation, consolation

By Victor Hugo

Written 1893-01-01 - 1893-01-01

Que la douleur est courte et vite évanouie !

Hélas ! sitôt qu'une ombre en terre est enfouie,

Vers cet être éclipsé qui jadis rayonna,

Nul ne se tourne plus. Le premier soin qu'on a

C'est de se délivrer de la mémoire chère.

Dehors ce mendiant ! L'un rit, fait bonne chère,

Et dit : Buvons, mangeons, vivons ! c'est le réel.

L'autre endort son regret en regardant le ciel,

Admire et songe, esprit flottant à l'aventure,

Et fait évaporer ses pleurs dans la nature.

L'homme, que le chagrin ne peut longtemps plier,

Passe ; tout nous est bon, hélas ! pour oublier ;

La contemplation berce, apaise et console ;

Le cœur laisse, emporté par l'aile qui l'isole,

Tomber les souvenirs en montant dans l'azur ;

Le tombeau le plus cher n'est plus qu'un point obscur.

Ceux qui vivent chantant, riant sans fin ni trêve,

Ont bien vite enterré leurs morts ; celui qui rêve

N'est pas un meilleur vase à conserver le deuil ;

La nature emplit l'âme en éblouissant l'œil ;

Et l'araignée oublie, quand elle tend sa toile,

D'un bout l'attache à l'homme et de l'autre à l'étoile.